___________________Droit de Réponse
Paris
le 27 Janvier 2009
La politique salariale
gouvernementale n’est pas celle a laquelle on voudrait nous faire croire…
Les
Fonctions publiques CGC se sont déjà largement exprimées sur la politique
salariale du gouvernement qui ne vise, en définitive, qu’à minimiser les
revalorisations du point d’indice de la fonction publique, seule référence
simple équitable et qui bénéficie à tous les agents.
De
plus l’ahurissante communication des ministres du budget et de la fonction
publique sur « l’excellence » de leur politique salariale, faite par
e-mail auprès des agents de la fonction publique le 12 decembre 2009, nécessite
une mise au point pour rétablir la vérité dans ce domaine sensible ; trop
c’est trop !
*************
Le communiqué de la Fonction publique[1] concernant les principes et la mise en place de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (Gipa), instaurée par le ministre du budget, des comptes publics et de la Fonction publique, lors des négociations salariales pour 2008, est à la fois faux et trompeur :
-
faux, les exemples censés illustrer les
avantages liés à ce sésame sont erronés,
-
trompeur, la Gipa n’est en rien une garantie
de pouvoir d’achat.
Faux : les montants de Traitement Indiciaire Brut annuel (TIB) et de garantie individuelle de pouvoir d’achat (Gipa) sont, pour la plupart, inexacts ;
Trompeur : la comparaison des montants de Gipa proposés aux agents (pour qui la progression du traitement, entre fin 2003 et fin 2007, a été inférieure à l’inflation mesurée par l’indice des prix de l’Insee, soit 6,8%) à la perte réelle cumulée en pouvoir d’achat du traitement sur la période considérée, met en évidence la tromperie.
Voyez
vous-même l’étendue de la mystification :
http://uga.free.fr/GipaGraph.xls
Note
technique sur le dispositif
gouvernemental adopté lors des négociations salariales de l’année 2008, la
Garantie individuelle de pouvoir d’achat (Gipa) :
1 - Les limites du dispositif de
la Gipa
Ce dispositif est basé sur une enquête
confiée à l’Insee par le secrétaire
d’État à la Fonction publique : « pour clarifier cette
situation ( !?!)
J’ai demandé à l’Insee une étude qui a montré que seuls 17% des fonctionnaires
de l‘État ont connu un recul de leur pouvoir d’achat sur la période concernée
(2001 à 2005).»
Ce dernier déclarant même
« espérer sortir des grand-messes revendicatives et en finir avec la
culture obsessionnelle de la revalorisation du point d’indice ».
Voyons
en quoi les choix méthodologiques de cette enquête, imposés
par les services du budget et de la DGAFP, influent sur la portée du dispositif
‘Gipa’ :
1 - 1 Les limites
de l’étude telle qu’elle a été définie :
L’étude compare les salaires et les
traitements perçus par les personnes en place en 2001 et en 2005, soit 973 000 agents de la
fonction publique d’État (sur les 1 836 000 agents de
la FPE au 31/12/2005)
La
période retenue, 2001 à 2005
Écartée, l’année
2000 a été une année de faible revalorisation : 0,50% en décembre (soit
0,04% pour l’année) pour
1,60% d’inflation annuelle, soit 1,56% de perte sèche pour les agents mais pas
pour le budget ni pour le constat. Le total de l’inflation pris en compte
devrait passer en fait sur 2000-2005 de 7,30%
à 1,073 % + 1,0156% = 8,97%
Ce petit ajustement nous
fait passer de 17% à pratiquement 30% des agents
qui ont eu une évolution de leur traitement inférieure à l’inflation sur
la période !
Le biais de l’échantillon
La
détermination de l’échantillon élimine les entrants et les sortants de la
période, ce qui entraîne à notre sens un biais sensible, ceux-ci n’ayant pas ou
peu bénéficié de revalorisation par le GVT.
Le choix du brut et non du net
Ce
choix entraîne une différence d’au moins 1% en défaveur des agents :
depuis le 1er janvier 2006, la ‘cotisation ouvrière’ perçue pour le
régime additionnel de la Fonction publique (rafp) d’une part et l’élargissement
de l’assiette de la CSG (date xx/xx/2005) d’autre part représentent au minimum
1% de charges salariales perçues en plus.
Ainsi, si l’on
reprend l’hypothèse du premier paragraphe, l’hypothèse d’inflation pourrait
alors s’élever à (1,0897% +1,010%), soit 10,06 % et la proportion des agents
concernés passe à plus de 40% !
1 -
2 Les limites de la formule ‘Gipa’ telle qu’elle a été définie
La fixation du mois
de décembre 2003 comme point de comparaison de
l’évolution du traitement d’un agent n’est pas le fruit du hasard ; en
effet l’année 2003 a été une ‘année blanche’, c’est à dire sans aucune
revalorisation de l’indice de la FP alors que l’inflation traduite par l’IPC[2]
était de 1,6% en moyenne.
La formule retenue
évacue donc d’emblée les 1,6% de perte de pouvoir d’achat
du traitement d’un fonctionnaire pour l’année 2003… cela commence fort… mais il
y a mieux !
Le dispositif repose
sur une comparaison entre l’évolution du traitement
indiciaire brut annuel (TIB[3])
entre l’année 2003 et l’année 2007 et celle de l’indice des prix Insee (hors
tabac, France entière c’est-à-dire métropole + dom) ;
l’inflation prise en compte, soit 6,8 %, est celle constatée entre décembre
2002 et décembre 2006. Si l’évolution est inférieure à ces 6,8%, une indemnité
compensatrice sera versée aux agents éligibles à la ‘Gipa’. Mais celle ci ne
fait que compenser la différence de traitement observée en niveau entre les
deux seules années 2003 et 2007, mais nullement ce qui a été perdu pour les
années 2004, 2005, 2006, comme nous allons le démontrer.
2 - La Gipa, un dispositif trompeur
2 - 1 La Gipa n’est en rien une
garantie du pouvoir d’achat,
c’est une compensation partielle de la perte de pouvoir d’achat des
agents qui n’ont pas bénéficié de GVT[4]
entre décembre 2003 et décembre 2007.
Prenons ainsi les
exemples cités dans ce communiqué de la Fonction publique[5] :
Le premier exemple est celui d’un aide soignant (catégorie
C, échelle 4, indice majoré 315 en 2003, passé au 7ème échelon de la
classe normale en mai 2006, soit IM 324) ; Le
simulateur de la Fonction publique[6],
calqué sur la formule déterminée par la DGAFP et les services du budget, donne
140 € de montant de Gipa ‘compensatrice’. Or la perte réelle cumulée de pouvoir
d’achat liée au différentiel inflation/point d’indice de la Fonction publique
pour les années 2004, 2005, 2006 et 2007, se monte à 557 € !
Nous sommes loin du compte : la Gipa ne compense en fait guère plus du tiers de la
perte de pouvoir d’achat de cet agent entre 2004 et 2007, 140 € de Gipa
proposée pour compenser les 557€ de perte réelle (différence de 417€)
due à la non-indexation du traitement sur l’indice des prix.
Autre
exemple : celui d’un contrôleur principal du trésor public (catégorie B à
l’indice majoré 513 en 2003, passé au 7e échelon du dernier grade en
juillet 2006, IM 514) ; La
Gipa compensatrice touchée par ce contrôleur s’élève à 803 €, alors
même que ce dernier aura perdu 2 178 € sur la période 2004 à 2007.
La différence entre la Gipa et une
vraie garantie de pouvoir d’achat sur la période s’établit, pour cet
agent, à 1375 €, la gipa ne compensant
qu’un peu plus du 1/3 de la perte totale.
Dernier
exemple : celui d’un professeur certifié (catégorie A à
l’indice majoré 657 en 2003 et 658 en 2007) ; ce professeur va toucher 803 € de ‘Gipa
compensatrice’, alors que ce dernier aura perdu 2 882 € sur cette 2004 à 2007.
La différence entre la Gipa et une
vraie garantie de pouvoir d’achat s’établit, pour ce professeur, à 1 838 € ; là encore la gipa ne
compense qu’un peu plus du 1/3 de la perte totale.
En
conclusion, chacun
pourra apprécier sa perte réelle de pouvoir d’achat avec le tableau que nous
mettons à votre disposition : http://uga.free.fr/Gipa_c_est_du_pipeau.xls
Ce bel écran de
fumée tente de masquer la pauvreté des mesures accordées ‘en faveur du pouvoir
d’achat des fonctionnaires’, en considerant seulement l’évolution de la masse
salariale dans le budget de l’État ! A la lumière de ce constat chacun
pourra juger de l’effort du gouvernement… à l’aune de sa perte réelle de
pouvoir d’achat.
2 - 2 De plus c’est
un ‘ONE SHOT’, la Gipa ne sert qu’une fois. Dès 2008, les
traitements de ces agents, comme les autres d’ailleurs, ont perdu du pouvoir
d’achat, en valeur absolue ; la perte mensuelle moyenne pour 2008 s’établit
d’ores et déjà à plus de 26 € pour l’IM 315, 105 € pour l’IM 514 et à 134 € pour l’IM 658 ! A ce compte là la
Gipa est vite engloutie.
La
spirale de la paupérisation des agents de la Fonction Publique va continuer si
cette fausse garantie de pouvoir d’achat se pérennise !
3
-
Qui plus est, les exemples donnés sont faux !
en niveau et
en volume… édifiant !
3 -1
ainsi les chiffres illustrant le premier exemple, celui de l’aide
soignant (catégorie C, échelle 4, indice majoré 315 en 2003, 324 en
2007) est totalement faux :
Le traitement indiciaire brut 2003
annoncé dans l‘exemple est de 18 058 € alors qu’il est en fait de
16 536 € (soit 1 378 € par mois), celui de 2007 est également faux,
le montant du traitement indiciaire brut 2007 annoncé est de 19 140 €,
alors qu’il était en réalité de 17 716 € (soit 1 476 € par mois).
Au-delà de l’erreur de calcul, cet affichage laisse croire qu’un jeune aide
soignant de 30 ans gagne pratiquement 20 000 €, alors que c’est loin
d’être le cas !
De plus, le montant de la Gipa censé
être perçu est lui aussi mensonger : l’exemple donne 140 € alors que
le calcul sur le simulateur de la fonction publique donne seulement 42 €,
le total traitement plus Gipa étant en réalité de 17 659 € et non de
19 280 € !
Le faux se double là
encore d’un affichage trompeur !
3 -2 concernant les trois autres exemples[7]
donnés dans le
document ‘Gipa’, si les montants de TIB pour 2003 et 2007 sont exacts, tous les
montants de 'Gipa' sont erronés :
-
exemple
2 : Gipa annoncée 803 € , Gipa calculée 811 €,
-
exemple
3 : Gipa annoncée 837 € ,
Gipa calculée 845 €,
-
exemple
4 : Gipa annoncée 1 044 € , Gipa calculée 1 054 €.
4 - Conclusion : décidément
cette GIPA n’est pas bien née !
au
point que même les services qui l’ont ‘inventée’ rencontrent toutes les peines
du monde à l’appliquer.
Ce
séduisant dispositif n’est qu’un mirage adroitement mis en scène par le service
de communication des ministres, mais les impacts d’une routinisation des règles
que tente d’imposer le gouvernement seraient dévastateurs sur la hiérarchie des
salaires, sur le traitement des jeunes entrants et à, terme, sur les retraités.
[2] IPC : indice des prix à
la consommation de l’Insee, ensemble des ménages, France entière, hors tabac.
[3]
Traitement Indiciaire brut annuel
[4]
GVT : Glissement - Vieillesse - Technicité, reflète les promotions de grades et de corps ainsi que
l’avancement individuel des personnes en place (changement
d’échelons) ;
[7] de la page 11 du document
‘dispositif en faveur du pouvoir d’achat des fonctionnaires’ de juin 2008,
signé des ministres WOERTH et SANTINI.